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2/7/2018

Le sentiment national dans la peinture finlandaise (1880-1910)

A la fin du 19e siècle, à Paris, les jeunes peintres finlandais, à la recherche d’inspirations et de techniques nouvelles, adoptent le naturalisme et la peinture en plein air mais ils découvrent aussi la peinture symboliste. Certains seront élèves de Paul Gauguin avec qui ils partagent la quête d’un retour à la nature sauvage et l’amour de l’art japonais.

Les vues aériennes plongeantes, les formats « kakemono » ou « makimono » que révèlent les estampes japonaises alors à la mode dans la capitale française leur ouvrent des horizons permettant d’appréhender d’une façon nouvelle les paysages de leur pays : l’influence de l’art japonais fut particulièrement importante dans l’art finlandais du 19e siècle.

De retour en Finlande, forts de leurs expériences et pleins d’enthousiasme, ils se mettent à la recherche du sauvage et du primitif. La Carélie apparait comme un terrain privilégié : on y trouve les terres vierges et la survivance intacte des chants magiques du « Kalevala » , l’épopée nationale publiée pour la première fois en 1835.

 

Akseli Gallen-Kallela: projet d'illustration pour le

Akseli Gallen-Kallela: projet d’illustration pour le “Grand Kalevala”,
chant II : “Il frappa l’arbre avec sa hache…”, aquarelle, 52.5 x 66 cm
ⒸAkseli Gallen-Kallela museo / Douglas Sivén

 

«Le chêne, arbre de dieu, poussa d’une façon prodigieuse
sur la Terre qui venait juste d’être créée et
le monde fut plongé dans les ténèbres,
ce qui gêna énormément à la fois les hommes et les poissons.
Le grand chêne fut abattu à coups de hache par un petit homme venu du fond de la mer
et c’est ainsi que l’éclat du soleil et la lueur de la lune réapparurent sur terre. »

(“Grand Kalevala”, chant II vers 75 à 224)

 

Le peintre Akseli Gallen-Kallela (1865-1931) fut le premier à se rendre en Carélie en 1890. Il fut également le premier à penser que cette terre mythique pouvait faire naître une peinture nationale. En 1892, il quitte définitivement Paris et sa vie trépidante pour retrouver la réalité de la pauvreté quotidienne de son pays et s’immerger dans les paysages millénaires de la Carélie.

«Se laisser profondément pénétrer par la Nature a toujours été pour nous Finlandais quelque chose de particulier, comme le démontre notre poésie populaire.» (Akseli Gallen-Kallela, 1923)

 

Désignée dans les temps anciens sous le nom de Tapiola, lieu où règne le dieu Tapio (« Tapiola » est aussi le titre d’une œuvre de Sibelius), la forêt qui recouvre les trois quarts de la Finlande, est un espace sacré, à la fois rassurant et nourricier. L’exploitation forestière, commencée vers 1860, est devenue la principale ressource du pays.

« Le Grand pic noir » au cadre inspiré de motifs traditionnels caréliens que Gallen-Kallela peint en 1893, exprime les liens profonds qui unissent le peintre à la nature. Dans ce tableau, la forêt s’étend à l’infini avec, au loin, le lac de Paanajärvi. Au premier plan, le pic noir, reconnaissable à sa calotte rouge, est juché sur les racines d’une souche, près d’un pin mourant.

 

Akseli Gallen-Kallela, « Le Grand Pic noir », 1893, huile sur toile, 145 x 90 cm ⒸHelsinki, Musée national des Beaux-arts de l’Ateneum

Akseli Gallen-Kallela, « Le Grand Pic noir », 1893, huile sur toile, 145 x 90 cm ⒸHelsinki, Musée national des Beaux-arts de l’Ateneum

 

« La tache rouge représente le cri vital d’un homme dans le silence d’une forêt déserte. » (Gallen-Kallela, 1923)

Dans cette nature sauvage, l’oiseau solitaire renvoie à l’artiste et à son destin. En 1809, la Finlande qui avait longtemps fait partie du royaume de Suède était devenue un grand-duché autonome dans l’empire russe. Se tournant vers son passé et ses terres légendaires, elle voulait imposer son identité :

« Nous ne sommes plus Suédois, nous ne voulons pas devenir Russes, alors soyons Finlandais. » (A. I. Arwidsson, vers 1820)

 

En juillet 1892, Eero Järnefelt (1863-1937), beau-frère de Jean Sibelius, sillonne à son tour la Carélie à la recherche de paysages caractéristiques. Pour lui, un peintre doit être au service de son pays et la mission de l’art est de produire des œuvres exaltant le sentiment national. Son choix se fixe sur Koli, montagne sacrée où l’on faisait des offrandes aux dieux. De son sommet qui culmine à 347 mètres, on aperçoit une étendue de forêt et de rochers arrondis vieux de milliards d’années, avec au loin le lac Pielinen (parfois appelé Pielisjärvi). Entre 1892 et 1934, ces paysages lui inspireront une centaine de toiles et d’ébauches. Le mont Koli deviendra un paysage national.

Son tableau le plus célèbre est le « Paysage d’automne sur le lac Pielinen » qu’il réalise en 1899 après le « Manifeste de Février ». Celui-ci, signé par le tsar Nicolas II, limitait considérablement l’autonomie du Grand-duché. Dans ce tableau, d’épais nuages menaçants arrivent de l’est et annoncent la pluie. Ils ont l’aspect de mains qui s’agripperaient aux arbres et symbolisent la Russie et son emprise. Ce qu’on n’osait pas dire à haute voix, on l’exprimait par la peinture.

 

Eero Järnefelt, « Paysage d’automne sur le lac Pielinen », 1899, huile sur toile, 198 x 61 cmⒸHelsinki, Musée national des Beaux-arts de l’Ateneum

Eero Järnefelt, « Paysage d’automne sur le lac Pielinen », 1899, huile sur toile, 198 x 61 cm ⒸHelsinki, Musée national des Beaux-arts de l’Ateneum

 

Dans un autre tableau, « Paysage de Koli » (1908), le ciel est toujours menaçant et une tempête de neige se précise, mais il y a un arc-en-ciel et au loin, le ciel est bleu. Les rayons du soleil qui s’échappent des nuages font ressortir les rochers et les couleurs chatoyantes de l’automne. Après la défaite russe face au Japon en septembre 1905 et l’agitation révolutionnaire d’octobre de la même année, le ciel représente l’espoir.

 

Eero Järnefelt, « Paysage de Koli », 1908, huile sur toile, 70,5 x 90 cmⒸFondation Gösta Serlachius, Mänttä  (photo : Vesa Aaltonen, 2013)

Eero Järnefelt, « Paysage de Koli », 1908, huile sur toile, 70,5 x 90 cm ⒸFondation Gösta Serlachius, Mänttä (photo : Vesa Aaltonen, 2013)

 

Depuis l’été 1892, Pekka Halonen (1865-1933) lui aussi a peint la Carélie d’où sa femme est originaire. Il est le premier artiste finlandais issu du milieu paysan.

« Le Sorbier des oiseaux » (1894) est l’arbre aux baies rouge orangé censé avoir des vertus protectrices contre les forces maléfiques. Dans ce tableau, il s’élève majestueux au milieu de rochers, symbolisant la ténacité et la force vitale des Finlandais.

 

Pekka Halonen, « Le Sorbier des oiseaux », 1894, 95,5 x 65,5 cm), collection privé

Pekka Halonen, « Le Sorbier des oiseaux », 1894, 95,5 x 65,5 cm), collection privé

 

Akseli Gallen-Kallela, Eero Järnefelt et Pekka Halonen ont chacun, à sa manière, contribué à célébrer la beauté du pays. En peinture, ils sont les principaux artisans du réveil national. Le 6 décembre 1917, la Finlande proclamait son indépendance.

 

Terhi Génévrier-Tausti / Journaliste d’art

 

 

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No.1892 Subscription (Program C) NHK Hall

Sibelius / “A Song for Lemminkäinen”, op.31–1

Sibelius / “Sandels”, op.28

Sibelius / “Finlandia”, tone poem op.26 (Version for Male Chorus and Orchestra)

Sibelius / “Kullervo”, op.7*

Paavo Järvi, conductor

Johanna Rusanen, soprano*

Ville Rusanen, baritone*

Estonian National Male Choir, male chorus

 

 

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